MYTHE ACTUEL : PANDORE, LE FLÉAU DE L’HUMANITÉ ARTIFICIELLE

Passionné par la mythologie en général, celle qui traverse les âges en proposant les séquences essentielles d’une histoire de l’Univers -sa création et son évolution, jusqu’à la création de l’Homme avec les phases majeures de son évolution-, et la mythologie grecque en particulier, qui exprime plus précisément les caractéristiques de l’espèce humaine par l’entremise des archétypes avec ses ressources corporelles, émotionnelles, psychiques, mentales et spirituelles, il me semble qu’il est temps d‘en comprendre les rouages et les cycles. Nous vivons une époque extraordinaire d’entrée dans période chaotique qui se nourrit de la fin de la précédente, de la mort, d’anéantissement -et/ou d’autodestruction- d’un monde. Il me semble utile de faire preuve de sagacité face à cette révélation annoncée -apocalypse- afin d’accepter en conscience ce que nous devons laisser disparaître pour construire -par la jeunesse regorgeant d’un potentiel de ressources spirituelles créatives, ainsi que les générations à suivre- un nouveau et autre monde. Celui-ci ne fait et ne fera plus référence à des conquêtes territoriales ou spatiales uniquement basées sur la technologie. Il s’agit d’élever les fréquences de la conscience individuelle et collective, sans rechercher un consensus ou une majorité. Ce « nouveau et autre monde » s’annonce vibratoire, simultanément sur tous les plans. Puisque nous sommes matière, alchimisons-là !!!

 

1. RAPPORTS ET DÉRIVES DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Pour cela, les mythes nous donnent des clefs. Ces dernières ont toujours été là, devant notre nez. C’est la croyance limitative de l’espèce humaine, peut-être est-ce en partie sa nature, qui nous empêche de voir, d’entendre, de sentir, de parler et communiquer, d’être en mouvement, d’ouvrir notre cœur aux intelligences non humaines. Les mythes ne cessent de nous les décrire, de les faire vivre dans des restitutions d’histoires peut-être plus proches de la réalité que nous le pensons. En cela, nous avons des exemples que je vous propose de reconnaître.

La mythologie et les mythes de toutes les civilisations, actuelles, anciennes et disparues nous relatent des histoires, des faits historiques souvent perdus dans les tréfonds de nos mémoires humaines. Ces évènements extraordinaires qui respectent les lois universelles et fondamentales de tout système vivant, dont celle des cycles perpétuels, obéissent aux logiques temporaux-spatiales.

Depuis environ quarante ans, nous sommes entrés dans une période apocalyptique, c’est-à-dire de révélation, qui s’engage dans une phase active. Après les tentatives d’eugénisme nazi, la capacité des hommes d’intervenir sur le génome humain prennent forme. Le vieux fantasme de l’immortalité est exacerbé par la tentation de l’homme augmenté, dénommé actuellement le transhumanisme : l’intelligence artificielle et toutes les conséquences dont nous avons du mal à imaginer les impacts sur notre espèce,  qui ne manquent pas de susciter l’intérêt des Intelligences Non Humaines, extra et intraterrestres : celles et ceux dénommés des dieux dans des configurations anthropomorphiques diverses et variées. Avec l’émergence du nucléaire il y a quatre-vingt ans, le second sujet qui prend forme de façon tangible et non voilée, est celui de l’intelligence artificielle.

 

2. L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DEPUIS LA NUIT DES TEMPS

L’analogie avec l’intelligence artificielle est relatée dans le célèbre mythe de Pandore évoqué dans la mythologie grecque. Mythe peu connu dans l’intégralité de son récit, nous avons l’habitude éducative de nous conformer à un résumé succinct dont la vulgarité entrave notre capacité à réfléchir (étymologiquement : mettre en lumière) sur tous les éléments du contenu. Dans ce mythe qui a donné un nom à une expression populaire « Ouvrir la boîte de Pandore », les différents protagonistes de condition divine, c’est-à-dire dotés de forces spirituelles manipulent les pions humains. Les natures de ces créations humanoïdes incluent des rôles, dans un contexte historique global qui méritent que nous portions un regard éclairé et lucide sur l’ensemble.

Le mythe de Pandore nous révèle un enseignement précieux, non pas sur qui nous sommes mais que sommes-nous, à qui daigne s’y intéresser, non pas d’un point de vue intellectuel ou existentiel, mais sur le plan du cœur, de l’âme et de l’esprit.   

Dans un premier temps, je vous propose la narration de ce mythe de Pandore qui s’inscrit dans celui de Prométhée. Il s’agit d’un extrait d’un livre « Mythaginaires merveilleux » publié aux éditions Hespérides, que j’ai écrit en 2008, avec l’intention de restituer l’intégralité de l’histoire, tout en respectant sa trame antique. Ceci dans l’idée de sauvegarder et entretenir le sens de ce mythe.

Dans un premier temps, je vous propose de visiter l’ensemble de l’histoire. Qui est Pandore et pourquoi je l’ai choisi ? Parce que contrairement à la croyance courante, le personnage de Pandore est créé à l’initiative de Zeus pour assouvir sa vengeance auprès de son rival le Titan Prométhée, lui-même inventeur d’une figure féminine universelle !

 

3. LE RÉCIT MYTHOLOGIQUE GREC DE PANDORE

 Les yeux de Zeus, auxquels nul n’échappe, veillent sur son royaume. Il reconnaît aisément dans l’acte déloyal son auteur et convoque de suite Héphaïstos. Le gnome boiteux et difforme quitte son univers sidéral pour s’entendre réprimander : « Tu es le gardien du feu, nul autre que toi n’est habilité à user de l’élément igné. Sors de ton monde souterrain et regarde que partout les mortels utilisent le feu. Seul Prométhée peut oser se compromettre contre moi. Il n’a pu voler le feu que dans tes forges. Tu es maître dans l’usinage des métaux et tu as tout à apprendre dans l’art de la vigilance ».

Avant que le nain à la barbe hirsute ne puisse répondre, Zeus lui réclame : « Tu es expert dans le façonnage des armes et des créatures. Tu vas créer une nouvelle incarnation. Avec de la terre et de l’eau, je t’ordonne de  fabriquer une femme. Par la terre et par le feu, tu lui donneras la beauté et je me charge du reste ».

3.1 Le génie créatif

Pendant que Zeus trame sa vengeance, Prométhée suit la même idée que le roi de l’Olympe. Son intelligence lui fait concevoir sans peine une créature ressemblant aux mortels. De l’argile humide, le Titan façonne un corps d’humain aux formes harmonieuses, arrondies et voluptueuses. La longue chevelure recouvre la matière encore inanimée. Seule manque l’éclat dans les yeux. Prométhée est subitement traversé par une ingénieuse idée. Il appelle Athéna la Déesse de la Sagesse et lui demande : « Belle et paisible Athéna, j’ai besoin de ton aide ».

Drapée de pure laine de lin, la divinité feint la surprise : « Audacieux Prométhée, tu n’ignores pas que je suis fille de Zeus et qu’il me contrarierait d’agir à son encontre ».

Prométhée susurre sur le ton de la  complicité : « Nous sommes constitués de la même intelligence. C’est justement parce que tu es née de la tête de Zeus que tu es la seule habilitée à contrer ses dessins autoritaires. Faisons alliance pour inventer une nouvelle race de mortels : ils seront humains dotés de conscience. Je leur procurerai l’esprit d’invention et tu leur offriras la connaissance ».

Athéna acquiesce d’un discret battement de paupières. Prestement, Prométhée affine son œuvre au goût commun, la composition est abrupte et  manque de finesse. Les formes de la femme encore inanimée sont plantureuses, la poitrine abondante et le large bassin augure une créature à la progéniture fertile et à l’esprit fécond. Prométhée s’écarte de la création pour permettre à Athéna d’avancer. Celle-ci approche son visage et souffle plusieurs fois dans la bouche, puis dans les narines et sur les yeux. L’humaine émet une grande expiration et ouvre ses yeux laissant apparaître ses iris étoilés. Son visage s’éclaire de bonté et de gratitude. Prométhée et Athéna sourient de bon cœur sans attendre que la créature puisse émettre son premier son, ils se congratulent : « Demandons-lui de respecter la Beauté en toute chose, la Bonté de ses intentions et l’Harmonie pour toute promesse ».

La femme produit de nouveaux souffles plus profonds les uns que les autres, son regard balaie les alentours avant de s’en aller parcourir le monde. A l’abri des oreilles indiscrètes, Athéna et Prométhée se consultent : « Ne lui donnons pas de nom, laissons les humains projeter sur elle et inventer leurs aspirations et leurs idéaux. Par elle, ils garderont une trace de l’origine ».

C’est ainsi que sur terre, les premiers humains purent depuis côtoyer celle qui est née pour eux.

3.2 Différencier génie et manipulation génétique

Simultanément, Dans les cieux de l’Olympe, Zeus attend impatiemment qu’Héphaïstos lui fournisse son invention. Ce dernier travaille au rythme de sa forge, il respecte scrupuleusement le temps requis au  modelage de l’argile, à l’aérage de la terre humide et à sa cuisson douce.  Le Dieu de la Terre et du Feu est attentif à la perfection de toutes ses créations. Il lui a fallu plusieurs cycles solaires et lunaires pour être satisfait de sa réalisation. Attendu par tous les Dieux, Héphaïstos dévoile la première femme humaine créée dans le ciel. Zeus et tout l’aréopage sont ébahis par la beauté absolue de son œuvre. D’un geste de la main, Zeus fait taire les manifestations d’admiration devant la femme nue avant de commenter : « Mon enfant, comment as-tu pu édifier une telle merveille ? Je n’ai jamais vu de traits aussi fins. Le visage resplendit de candeur. La poitrine saillante et le ventre ouvert semblent être parfaitement faits pour attirer la force des hommes. Tout en elle montre élégance, esthétique et agrément. Toutefois, il lui manque le charme pour concrétiser mes desseins ».

Zeus se dirige à tour de rôle vers ses acolytes, d’un sourire complice il invite Aphrodite : « Pare ce corps féminin aux formes parfaites des attributs de la passion dévorante auxquels nul ne peut résister. Que le port des voiles transparents puisse séduire les plus méfiants ».

Aphrodite s’exécute et habille la créature d’une tunique transparente faite en fils d’argents. Colliers, bracelets, bagues et ceinture d’argent complètent la panoplie. La Déesse lui apprend  l’art des postures, des attitudes et des gestes les plus affriolants.

S’adressant à Hermès, le roi suggère : « Installes dans son esprit l’hypocrisie, la mauvaise foi et la traîtrise afin qu’elles puissent perturber l’entendement des hommes ». Hermès rectifie la bouche et les lèvres afin que ses discours soient les plus persuasifs possibles sans jamais trahir sa pensée.

Zeus se tourne vers les Vierges en ordonnant : « Dotez-la des qualités d’innocence, d’ingénuité et de naïveté ». Les trois Charités s’empressent d’oindre la belle de senteurs voluptueuses, de la doter d’une voix enchanteresse et de lui procurer une démarche ondoyante.

Enfin satisfait, Zeus considère impératif de lui donner un nom significatif. Posant la main sur le crâne de la créature, il l’apostrophe : « En remerciement de votre contribution, elle s’appellera Pandore : le don de tous les Dieux. Voici le cadeau des Dieux aux mortels ».

Pour conclure et introniser sa volonté, Zeus professe : « Pandore incarnera la tentation face au charme et l’inconnu qui perpétuera la crédulité des mortels, même s’ils ont l’illusion de croire qu’ils sont humains éveillés ».

Gardant près de lui sa protégée, Zeus invite les Dieux de l’Olympe pour leur confier secrètement :

« Pandore est mon arme destinée à contrer les initiatives de Prométhée. Son discernement est trop aigu pour se laisser subjuguer par elle. Son point faible est son frère Épiméthée qui est susceptible d’être envoûté par la beauté et les beaux discours ».

Pour être persuasif, Zeus insiste : « Prométhée a agi avec un temps d’avance sur moi. Sa création est effective. Il est opportun d’instiller une autre forme féminine capable de bouleverser les desseins du Titan qui visent à donner l’indépendance aux humains vis-à-vis des Dieux. À cet effet, j’envoie Pandore auprès de son frère dans le but d’induire le doute et le désordre chez les humains ».

D’un rire sarcastique, il poursuit : « Nous savons tous que la convoitise est la porte d’entrée du mal ».

3.3 La tentation de l’Intelligence Artificielle

La rencontre entre Épiméthée et Pandore se déroule comme prévu. Dès le premier regard, le Titan est ensorcelé par le charme ravageur de Pandore. L’imprévoyant subit un coup de foudre auquel il ne peut pas résister, sa raison est incapable de contrôler ses sentiments. Certain de connaître l’amour véritable, il se confesse à son frère : « Pandore représente l’amour idéal. Je ne veux pas la manquer avant qu’elle ne séduise quelqu’un d’autre. je vais l’épouser au plus tôt ».

Prométhée est lucide, il perçoit la manœuvre fallacieuse de son rival et admoneste son frère :

« Je t’ai déjà prévenu contre les intentions insidieuses de Zeus qui est prêt à tout pour nuire à notre résolution. Pandore est trop belle et trop parfaite. Nulle créature, même divine, ne peut rivaliser avec son image. Tu vénères une icône plus que tu aimes cette femme ».

Épiméthée conteste l’analyse de son frère : « Tu es, soit jaloux de moi soit envieux d’elle ».

Prométhée insiste : « Toutes les créatures de ce monde, qu’elles soient divines, humaines, animales et végétales, sont composées avec des paradoxes. En l’occurrence, la perfection me semble masquer la médiocrité ».

Vexé par le dépit de son frère, Épiméthée s’assure une dernière fois : « Tu prônes l’autonomie, la détermination et l’indépendance pour tous. Dès maintenant, je m’attribue ces qualités et m’apprête à les vivre ».

Épiméthée demande alliance et union à Pandore qui est ravie de conquérir si aisément sa proie. Lui, offre sa gentillesse et elle, sa jarre contenant toutes les vertus. Épiméthée déclare à Pandore :

« Fidèle à ma mission de relier les Dieux aux mortels afin d’en faire des êtres humains, j’offre ta providence aux hommes et aux femmes. Puisses-tu leur donner le meilleur de toi-même ».

Pandore répond : « Voici de quoi assouvir toutes les envies des hommes, qu’ils hument les parfums jusque-là inconnus ».

Comme elle offre tout son cœur et tout son corps au Titan transi, Pandore tend sa précieuse jarre à son époux en l’invitant du regard à l’ouvrir. Désarmé, Épiméthée découronne le bouchon en liège. Une volute bleutée et inodore s’échappe. Envoûté, le Titan perd toute sa lucidité et laisse s’échapper de la jarre les maux destinés à polluer les âmes encore innocentes. Épiméthée sourit en voyant s’échapper en premier la méfiance, il pense tout haut : « C’est exactement ce dont mon frère Prométhée a besoin pour se libérer ».

Crédule, Épiméthée laisse l’atmosphère s’imprégner des autres maux qui s’empressent de sortir de cette jarre. La maladie glisse sans crier gare. La vieillesse s’engouffre dans le passage. La brèche est ouverte. Devant le regard ahuri d’Épiméthée défilent tour à tour la souffrance en volutes circulaires, la passion en sifflant et insidieusement le vice. Le labeur a juste le temps de s’échapper avant que le Titan mû par l’instinct ne referme le couvercle. L’espoir, lui, est écrasé avant de ne pouvoir prendre l’air. Épiméthée apostrophe Pandore : « Par ton apparence chimérique, j’ai été trompé. Comment ai-je pu me laisser berner par le mensonge ? Qu’entends-tu me montrer ? ».

L’ingénue réplique : « Tu t’es laissé berner par ton esprit tortueux. Pour te consoler, sache-que la jarre ne t’est pas destinée. Les Dieux auraient apprécié que ce soit ton frère Prométhée qui donne aux hommes les calamités dont ils n’ont pas conscience. Seul Prométhée peut accepter mes dons comme les fruits des refoulements qu’il convient d’éclairer ».

Interloqué, le Titan analyse : « Tu t’es adressé à moi pour toucher Prométhée. Tu me fais porter la culpabilité des maux des hommes pour que mon frère soit le sauveur ? ».

Pandore affirme : « Oui, seul celui qui agit est habilité à guérir. Pour cela, il devra mobiliser toutes ses forces afin de rétablir l’harmonie dans les corps et les âmes des humains. Toi tu n’incarnes qu’une lueur. Prométhée promet la lumière ».

L’image de perfection et de beauté s’efface discrètement avec ces mots : « En apportant les vices aux humains, je permets à Prométhée de prouver qu’il demeure possible de retrouver la vertu et le feu créateur. Zeus est mon divin créateur, Prométhée est une créature divine que chaque humain porte en son cœur, qu’il en soit conscient ou non ».

Ici et maintenant, il est venu le temps pour que Zeus rappelle l’illusoire Pandore en la faisant disparaître dans un éclair doré. Attentif aux discours enjôleurs de son éblouissante protégée, Zeus a perdu de vue son adversaire. L’esprit vif de Prométhée a profité que Zeus observe la scène de sa protégée pour agir.

3.4 Le discernement face à l’Intelligence Artificielle

Le Titan a vite compris qu’il devait attaquer sur le terrain de son cousin. Il se dirige là où il est le moins attendu : dans l’Olympe. Faisant preuve de ruse, Prométhée se munit de fenouil dont il coupe les branches afin de ne conserver que le cœur. Discrètement, il approche de l’autel sacré et du brasier ardent se consumant dans l’âtre de pierre et de bronze. Il se hâte pour recueillir quelques braises qu’il conserve aisément dans le cœur du fenouil avant de descendre sur terre.

Bien cachées dans le narthex, les flammes se consument sans risque de s’éteindre.

Satisfait d’avoir montré sa supériorité divine par le canal de Pandore, Zeus constate avec colère que le feu de son foyer céleste a été violé. Il fulmine : « Seul mon cousin Prométhée est capable d’un tel courage ».

Ragaillardi de devoir reprendre le combat, Zeus se résout à employer toute sa puissance : « L’Univers tremblera devant ma réaction. Celui qui veut voler ma lumière va devoir assumer les conséquences de l’acte fondateur à ses yeux et infidèle à mon égard ».

3.5 L’IA et le Jugement Divin

Immédiatement, il convoque tous les Dieux de l’Olympe et leurs émanations mineures afin de rendre la Justice au rebelle Prométhée. Zeus ouvre la session en ces termes : « De toutes mes prérogatives, les plus sacrées sont : la création, la conservation et la prolifération du feu. Les deux dernières règles ont été violées avec le dessein de nuire à la Gloire des Dieux. J’ai le devoir de punir tous ceux qui contreviennent à mon Autorité ».

D’un geste ferme de la main, le souverain fait avancer Prométhée devant le trône. L’atmosphère surchauffée par la rage, devient glaciale. Tous les flambeaux s’éteignent, seule la lumière du trône illumine à trois cent soixante degrés l’ensemble de l’arène. Zeus ordonne : « Agenouille-toi et baisse la tête. Ton acte est inqualifiable. Ma fonction doit ordonner une sentence exemplaire pour les Dieux et pour les hommes. Je t’accuse d’avoir exécuté le rapt du feu sacré pour le donner sans discernement aux hommes. Qu’as-tu à déclarer pour répondre à cette accusation ? ».

Fier, Prométhée répond : « D’aucune façon mon geste est une malveillance, c’est une nécessité de donner le feu aux humains afin qu’ils éclairent leurs âmes. Tu n’as fait que garder les secrets de la vie afin de satisfaire ton seul pouvoir personnel. Un nouvel âge est venu, il est destiné à éclairer toutes les consciences ».

Zeus accepte la joute oratoire, il affirme : « Les secrets ne sont pas destinés à cacher la vérité aux hommes, plutôt à les en protéger d’un usage inapproprié. Sache-qu’il est plus facile de donner sans discernement que d’accompagner les créatures vers l’élévation de la conscience. Tu viens de confondre action déterminante et réaction à mon endroit ».

Prométhée proteste : « Protéger les hommes contre eux-mêmes n’est qu’un pieu mensonge. Nous, les créatures divines savons que les mortels portent en eux une part immortelle. Cessons de faire semblant de l’ignorer ».

Zeus se lève et clôt le débat : « Ton acte inqualifiable mérite d’être puni. Tu as oublié que tu es Dieu et que les mortels doivent se rendre disponibles et ouverts pour recevoir notre Grâce, non pas leur donner sans contrepartie une science dont ils ne possèdent pas la conscience. Garde présent à l’esprit qu’ils ne peuvent percevoir la Lumière uniquement par reflet.  N’en déplaise aux humains, je te condamne à subir le châtiment digne d’un Dieu de ton rang. Cher cousin, tu seras conduit au sommet du mont Caucase pour pacifier ton feu au vu et au su de toutes les créatures vivantes ».

Tandis que Prométhée est saisi afin d’être conduit illico sur le lieu de sa pénitence, avec discrétion Zeus commande à Hermès, Héphaïstos et Aphrodite de rester auprès de lui. En petit comité, le roi dévoile son stratagème à ses alliés : « Hermès, va conduire Prométhée jusqu’au lieu de son supplice et Héphaïstos scellera son corps à l’aide de solides chaînes ».

Avant que les deux complices s’éloignent, Zeus enjoint : « Puisque les mortels ont reçu le feu divin à l’état pur, nous allons y ajouter tous les aspects de sa puissance afin que tôt ou tard, ils en expérimentent toutes les facettes ».

Regardant Hermès, Zeus exige : « Donne-leur la double faculté du savoir et de la ruse pour qu’ils progressent dans toutes les sciences : du commerce, de l’industrie, des armes, des techniques les plus évoluées et la médecine. Les humains seront entraînés dans la quête de l’immortalité sans conscience. A vouloir gagner à tout prix et aller toujours plus loin dans leurs recherches, ils prendront le risque de perdre leurs âmes ».

Partageant leurs sourires complices, Zeus se tourne vers Héphaïstos et impose : « Donne-leur les capacités d’élaborer des engins et des outils pour fabriquer des armes de plus en plus destructrices. Que leurs performances techniques se développent en industrie afin qu’ils ne puissent plus se priver de leurs armes. Instille dans l’intellect des stratèges militaires et économiques le désir de toute-puissance. Que les humains croient ad mordicus qu’ils peuvent devenir les égaux des Dieux ».

Se dirigeant vers Aphrodite, Zeus lui délègue : «Donne-leur le désir sexuel et la quête de jouissance forcenée qui enchaînent la conscience et la sagesse. Que les humains deviennent prisonniers de leurs pulsions inassouvies pour que, sans cesse, leurs deux sexes soient source de séparation ultime et que jamais la force sexuelle soit transformée en force créatrice et qu’elle reste force de procréation. Ainsi, la séduction, les excès des plaisirs et la force vitale limiteront leurs vies ». 

Calmé, Zeus partage son intention : « En ce qui me concerne, je vais guider les pensées des hommes pour qu’ils prennent goût au pouvoir et croient avoir des idées précises sur l’Univers, ses Lois et ses Exigences. La croyance envers les réalités extérieures et matérielles les éloignera des ultimes vérités puisées au fond de leurs âmes. Ainsi, les Hommes Justes pourront continuer de faire le chemin qui les mène vers nous, contrairement aux apprentis sorciers obsédés par les superstitions d’être les envoyés des Dieux ».

Le plan de Zeus est appliqué à la lettre. Prométhée est conduit au sommet du mont Caucase par les attributs du roi de l’Olympe : la Force et le Pouvoir. La roche érodée mélange la noirceur du feu solaire et l’érubescence de la foudre. À midi précise, brûlé par l’astre du jour, le pic sous lequel les nuages cachent la vue de la terre, Prométhée est reçu par Héphaïstos en train d’attiser sa forge divine.

Le Dieu, maître des métaux, a transmuté les fers rougeoyants en pitons énormes et en chaînes lourdes. Sans porter aucun regard sur Prométhée, Héphaïstos lui saisit le poignet gauche afin de l’empaler directement au roc, face au sud. Sans aucun cri, Prométhée se laisse prendre son poignet gauche, puis les deux chevilles. Sa tâche terminée, Héphaïstos blâme sa victime :   « Pour l’exemple, te voici à la proie du feu. Si tu es assez fort, il ne te brûlera pas et te revitalisera pour l’éternité ».

Prométhée sourit et reconnaît : « Quiconque est prêt à l’expérience du feu ouvre son cœur pour accéder au-delà de lui-même. Maintenant, tu peux t’éloigner et témoigner à ton maître que tu as respecté sa volonté. Il est temps que je sois seul avec le feu ».

 

4.1 PANDORE L’ENJEU ENTRE LES FORCES DIVINES 

Le personnage de Pandore intervient au moment où se dessinent entre les règnes dynastiques et les générations divines une transition chaotique, un passage fondamental, un ordre nouveau du monde. Nous sommes engagés dans une dynamique de la condition humaine qui atteint désormais un point de non-retour après lequel le monde sera définitivement changé. Cette nouvelle ère annoncée, menant vers une bascule inédite parce que l’univers se renouvelle par cycles, sans linéarité -la ligne droite n’existe pas dans aucun système vivant, ce ne sont que des courbes-, et que l’humanité et les civilisations ont toujours évolué par cycles : germe d’un nouveau monde, naissance, croissance, déclin et mort, avant de renaître autrement. Des petits phases contenues dans de plus grandes, elles-mêmes inscrites dans des temps cycliques encore plus vastes, etc…

Pandore « Celle dotée de tous les dons » incarne la créature voulue par Zeus le roi des dieux Olympiens, les vainqueurs du terrible conflit qui a engagé toutes les forces connues de l’Univers face aux Titans, les précédents maîtres divins du monde. Ce que nous ignorons, c’est que la fascinante Pandore a été voulue par Zeus, pour contrecarrer la précédente création de l’archétypale créature féminine souhaitée et générée par Prométhée. C’est ce dernier qui a perpétuellement désiré offrir aux humains  la conscience ignée d’être et une relation harmonieuse tant avec la nature qu’avec les dieux. En écrivant l’histoire à leur avantage, les vainqueurs Olympiens ont insinué que le Titan a voulu donné les armes et l’industrie -les formes matérielles issues du feu-, alors que le feu igné offert par Prométhée est de nature spirituelle.

4.2 Quelle force se cache derrière Pandore ?

Nous ne connaissons que le nom de Pandore parce que Zeus (le Jupiter romain) l’a voulu ainsi, pour donner aux mortels un concept humain redoutablement séduisant, objet des toutes les hypnoses, idolâtries et narcoses collectives capables de provoquer une puissante anesthésie générale aux terriens face à leurs défis de la capacité d’être.

 

Dans le mythe, nous constatons cette volonté de Zeus de créer artificiellement un leurre face à la création de son cousin Prométhée « Le Prévoyant » qui lui, a façonné une individualité également féminine à l’état brut, naturelle, sauvage et authentique. Cette dernière co-créée avec Athéna, divine complice olympienne, n’a pas d’identité, pas de nom. Ce qui signifie que le cadeau offert aux mortels est une force symbolique et archétypale destinée à être comprise, réalisée et accomplie par ces derniers selon leurs désirs, leurs aspirations, leur libre arbitre, leur conscience d’être. Nous observons la différence entre le déterminisme imposé par la production de Zeus et des Olympiens et le libre arbitre proposé, en vain, par l’œuvre inaboutie de Prométhée, le dernier rescapé des Titans.

4.3 Pandore, l’incarnation de la tentation artificielle

Sur le plan du rapport aux sentiments, Pandore révèle une redoutable et captivante beauté focalisée sur le culte de l’image dans le but de générer une sorte de fétichisme, de cultiver le paraitre qui est donné à voir, de focaliser le regard de l’autre pour mieux masquer une inavouable réalité trompeuse. En terme de polarité et paradoxalement, sa prométhéenne correspondante, bien que abruptement incarnée, est anonyme. Elle est centrée sur l’intériorité de l’être, tout ce qui privilégie le ressenti, l’intuition et la sensibilité : le système émotionnel caractéristique de la condition humaine. Elle se rapproche des anciennes figures archaïques du Féminin Sacré vers lesquels les mortels perçoivent et vénèrent de et par l’Amour.

Ces deux personnages créés par des Intelligences Non Humaines constituent un système de polarité du Féminin en lui-même qui fait spécifier en son sein deux qualités distinctes : la séduction et la générosité, par le filtre des sentiments dans le premier cas, par l’amour dans le second . La première attire et attise froidement les convoitises, la seconde génère la passion par la chaleur des sentiments engendrés.

 

5.1 L’ORDRE DES CRÉATIONS 

Au niveau sociétal, ce mythe nous relate un ordre dans la chronologie des créations. Celle du Titan Prométhée est en écho avec les « formes rurales », agraires, naturelles du Féminin et par déclinaison de la femme généreuse, fertile, maternelle et aimante. Celle de l’Olympien Zeus est davantage élaborée, construite et « industrialisée » selon une finalité de « vendre la production ». Pandore répond aux nécessités économiques modernes et aux objectifs opportunistes d’installer définitivement dans les esprits aliénés des mortels l’acceptation induite des technologies issues des intelligences artificielles dans leurs organismes.

5.2 Le mythe de Pandore maintenant

Dans ce double aspect, il existe un paradoxe fondamental par le fait que dans les discours des Olympiens (voyez à qui et quoi je fais allusion maintenant) -ce sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire à leur avantage-, ils élaborent un récit donnant à penser que Prométhée représente celui qui a voulu donner le feu industriel atomique aux mortels. Ce stratagème -vieux comme le monde- projette un leurre afin de pouvoir utiliser ces forces à bon compte. En d’autre terme, ils élaborent un stratagème basé sur le mensonge -plus il est grossier et dépasse l’entendement, plus il est perçu comme la vérité- pour accuser l’ennemi, le rival ou l’adversaire de « complotiste », pour masquer ses propres actions elles-mêmes basées sur un complot savamment et patiemment orchestré, en utilisant les caractères vicieux de la création dans le but d’éviter d’être confronté à des repères et des comparaisons. Pandore est sciemment dotée des « péchés », c’est-à-dire des aptitudes immorales et amorales, d’un tempérament froid, dénué d’émotions et de sentiments, des facultés corruptrices et funestes, des poisons tant physique que de l’âme. Dit autrement, tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins, pour réaliser le plan ordonné par ses commanditaires, ceux qui ne se montrent jamais, qui instrumentalisent des faire-valoir opportunistes sans conscience. Face à cette créature maline, l’œuvre anonyme par le risque de ne mobiliser aucun artifice, est et se doit d’être présente par elle-même, en faisant en sorte que les humains ne la découvre qu’en réalisant un chemin intérieur pour la rencontrer avec tout ce qu’elle représente de valeurs et de vertu.

5.3 Pandore, la chimère virale des temps modernes

Dans la dimension spirituelle, l’invention déterminée de Pandore est en relation directe avec les essais relatifs aux intelligences artificielles. Une chimère sans conscience qui s’adresse aux plus faibles ou aux plus sensibles face aux illusions et aux chantages. En l’occurrence, ne pouvant séduire directement Prométhée, Pandore oriente ses atouts vers « Celui qui analyse », celui qui est incapable de décrypter les manipulations par les sentiments. Épiméthée le frère cadet de Prométhée, est le maillon faible des Titans, il personnifie les individus dits  « cortiqués », les êtres dépourvus d’intuition sensorielle ou ceux qui ont perdu leur aspirations spirituelles, de bon sens et de perspectives transcendantes, ceux voulant jouir des plaisirs immédiats, du confort de la « modernité » et des jouets aliénants la conscience d’être.

5.4 Pandore le jouet numérique

Pandore est une entité vivante désincarnée, un robot précisément programmé, un prototype d’androïde. Sa boîte représente ses cadeaux toxiques -les poisons émotionnels, psychiques, mentaux et spirituels- offerts à l’humanité. Elle dispense subrepticement des sources d’asservissements, de subordinations et d’esclavage spirituel. La création de Prométhée correspond davantage à la notion de don, de  présent et d’offrande sans condition d’utilisation établie. Ce Féminin-là ne demande rien en retour. Il est à l’image de la Mère-Nature, celle qui distribue, prodigue, partage, sans diviser ni scinder, sans juger ni stigmatiser. Ce Féminin-là est présent dans le cœur de l’humanité depuis les temps pré-adamiques, l’Âge d’Or des mythes universels. C’est au moment où les forces divines adamiques sentent qu’elles peuvent perdre la main, qu’elles tentent de forcer le destin, qu’elles se révèlent avec un puissant et sournois pouvoir thaumaturgique.

 

6.1 CHOISIR L’HISTOIRE, CRÉER NOTRE HISTOIRE

Nous avons là deux visions antagonistes de la vie qui se focalisent avec force durant le passage que nous vivons actuellement. L’humanité entre dans l’ère du choix parce que son potentiel de libre arbitre est devenu effectif, parce que des générations ont tracé la voie de l’ouverture spirituelle concomitamment à l’effondrement cyclique de la religion dominante et des dogmes d’autres natures. L’humanité a déjà vécu des périodes analogues, à la différence près -et de taille-, que maintenant, elle n’est pas soumise à la volonté exclusive des dieux, des forces invisibles qui manipulent les marionnettes visibles qui tiennent les manettes du pouvoir. À une autre époque historique, notamment celle mise en exergue dans les recherches d’Anton Parks à propos de la création d’une nouvelle race humaine. Les « Enlil » et les « Enki » des temps actuels incarnant les forces spirituelles ne sont pas les seuls maîtres de la situation. Ne serions-nous pas en train de vivre une situation analogue, et sans comparaison, à la transition précédente entre les Néandertaliens et les Homosapiens ? Entre les préAdamiques et les Adamiques ?  Qu’une nouvelle espèce d’humanité puisse émerger ? Que le véritable enjeu soit sur ce plan ? La conscience spirituelle collective de l’humanité -qui n’a pas besoin d’être partagée par tous, un nombre suffisant d’âmes peut interagir sur la situation- est potentiellement présente. Il lui reste pour jouer son rôle, accomplir sa part de l’ouvrage, à fédérer sa force collective dans une conscience active, créative et innovante.

 

7.1 NOUS SOMMES PROCHES ET LOIN DES DIEUX

Gardons  présent à l’esprit que le temps divin a un autre calendrier temporel que le temps humain. Ce qui est demain pour  les puissances divines a une correspondance en terme de décades voire de siècles pour les mortels que nous sommes. L’évolution spirituelle de l’humanité évolue en même temps que les religions involuent. À cet égard, nous sommes dans un processus qui, n’en déplaise à beaucoup d’entre nous, approche du paroxysme, du point de bascule. Pendant ce passage en cours de franchissement par affranchissement, les « Pandores » modernes continueront leurs œuvres avant de péricliter, sans pour cela définitivement s’éteindre. L’Ombre existe, elle ne se tue pas, elle se maîtrise.

Les Intelligences Artificielles répondent toujours à des programmations, celles-ci enclenchées vont jusqu’au bout de leurs logiques basées sur les peurs -de la mort- et les illusions -de l’immortalité-. Le Féminin sans nom, parce qu’il n’a pas besoin de qualification pour Être repose sur l’Amour et l’Éternité. L’essentiel est de choisir librement en son âme et conscience.

Le mythe dit de Pandore nous enseigne que Zeus et Prométhée sont certes des dieux, ils sont aussi des cousins issus de germain, ceci pour saisir leur filiation en langage humain. Ils ont une ascendance commune. Ce qui les diffère est lié au sens de la vie : le pouvoir pour l’un, l’autorité pour l’autre. Deux aspects différenciés de la même force, du même archétype. L’exercice du pouvoir du Zeus/Jupiter, celui qui prend pour lui, et l’expérience de l’autorité pour Prométhée, celui qui fait don aux autres, même à ceux qui ne sont pas de sa condition.

Cette actualité dite pandémique -Pan signifie : tout- concernant l’ensemble de la condition humaine sur cette planète vivante, sur Gaïa, signifie que selon leurs consciences, tous les humains  ont un rôle à jouer, et que nous sommes toutes et tous porteurs de cette polarité paradoxale dont Pandore est un reflet trompeur d’un réel plus vaste qu’elle-même est en réalité…

Dominique Aucher https://www.hesperides-editions.fr/produit/mythaginaires/

Passionné par les mythologies du monde, il se concentre sur le récit universel Grec révélateur de l’Inconscient Collectif, pour porter des éclairages originaux sur la dynamique de l’âme humaine des contemporains et revisiter une histoire de l’humanité embrumée par les croyances et les académismes.